Le type de pavés et l’environnement déterminent largement l’activité de pose, deuxième étape de ce cycle, cependant un certain nombre de points communs peuvent déjà être relevés.
Les pavés sont disposés sur un lit de gravier ou sable selon le plan de pose (quinconce, arc, éventail, queue de paon…). Plusieurs compagnons peuvent poser en même temps en se répartissant les zones de pose. Les alignements sont généralement matérialisés au cordeau sur piquets.
Dans certains cas (bordures de zone de pose par exemple) et selon les types de pavés et le plan de pose, des découpes ou tailles des pavés peuvent être nécessaires ; elles sont principalement effectuées au marteau et au coin à fendre ou bien à la découpeuse.
Pose de pavés granit ; pose de pavés béton ; pose de dalles granit.
Le paveur est généralement positionné sur le lit de pose, ou en bordure de la zone de pose, mais pas sur les pavés qu’il vient de poser. Il dispose les pavés face à lui après les avoir pris dans le petit stock d’appoint qu’il s’est constitué à portée de main. Celui-ci peut être disposé sur le côté, derrière ou devant lui sur la zone déjà pavée.
Le temps de pose de chaque pavé est lié au schéma de pose. Il est proportionnel à la complexité de ce dernier : la pose de chaque pavé sera plus longue sur un pavage en arceaux qu’en rang droit. Par ailleurs, avec l’expérience, le temps et le nombre de manipulations du même pavé avant son positionnement définitif se réduisent. Le compagnon progresse latéralement ou vers l’arrière.
Les contraintes physiques lors de la pose sont principalement liées aux postures pénibles. Deux types de postures sont majoritairement rencontrées : à genoux ou debout. Les deux sont associées à une flexion du tronc sur les cuisses et donc, pour de nombreux opérateurs, à une sollicitation de la région dorso-lombaire. Celle-ci est en rapport avec l’amplitude de la flexion du tronc associée à la manipulation de charges, du fait du bras de levier.
Travail à genoux : une posture prolongée fréquente.
Les postures du paveur : à genoux ou debout lors de la pose
Lors de la pose du pavé, les mains se trouvent au niveau du sol. L’angle de flexion du tronc sera différent selon que le paveur est à genoux ou debout et selon les caractéristiques de l’opérateur.
En position debout, le paveur a plus de liberté de mouvements qu’à genoux, la posture est donc privilégiée pour les avancements plus rapides, en rangs droits par exemple, et lorsqu’il y a nécessité de se déplacer pour se réapprovisionner.
En revanche, pour des agencements plus complexes amenant le paveur à se déplacer plus lentement, celui-ci préfère être plus « proche » de l’emplacement de pose pour mieux positionner le pavé et donc il se place plutôt à genoux (sauf difficulté individuelle).
Outre les préférences personnelles de chacun selon ses caractéristiques individuelles et ses pratiques professionnelles, la posture de travail est donc déterminée par le type de pavage et les contraintes de temps.
La position à genoux, provoque un point d’appui sur les genoux qui nécessitera de les protéger par des genouillères. La flexion dorsale, lorsque l’opérateur se penche en avant, est moins importante (en amplitude et en fréquence) que lorsque l’opérateur pose ses pavés en position debout, mais elle est associée à des rotations du tronc et des inclinaisons latérales pour aller chercher les pavés dans le stock d’appoint en arrière ou sur le côté, qu’on rencontre moins en position debout du fait d’une plus grande liberté de mouvements.
Pour l’opérateur travaillant à genoux (illustré ci-dessus), on note une alternance de postures entre le geste de pose et les mouvements de prise de pavés dans son stock au poste. L’amplitude de flexion du tronc sur la cuisse est particulièrement sollicitante lors de la pose du pavé, et l’est moins lorsque le paveur prend les pavés dans son stock. Cette dernière action est donc un temps de moindre contrainte et de « récupération ».
Analyse des postures.
L’alternance entre ces actions peut être considérée comme un facteur protecteur du risque lié à la posture. Dans le graphique ci-après (chronogramme de l’activité du paveur observé), on remarque cette alternance de postures durant la séquence de pose (cadre bleu, sur une durée d’environ 2 mn) ; les postures considérées comme « à risque » représentent plus de la moitié du temps.
Chronogramme de l'activité du paveur.
Manipulation de pavés et contraintes posturales
Les manipulations de pavés sont nombreuses dans cette étape. Chaque pavé est souvent manipulé plusieurs fois : pris, posé, repris, repositionné… Et les manipulations effectuées lors de la pose s’ajoutent aux manutentions de l’étape précédente d’approvisionnement. Différents facteurs déterminent le nombre de ces manipulations multiples : l’expérience du paveur, le type de pavé, le plan de pose, le nombre de découpes…
Compte tenu des poids unitaires des pavés (variables selon les types de pavés mais a minima 2 kg l’unité), ces manipulations répétées entraînent des cumuls de poids porté sur la journée très significatifs, de plusieurs tonnes par opérateur et par jour. Ceci constitue un facteur de risque de troubles musculosquelettiques du membre supérieur (main, poignet, coude, épaule) et du dos.
Lors de la découpe ou taille des pavés, si la découpe peut se faire au marteau (pavés granit principalement, ou béton), l’opérateur sera généralement positionné à genoux, sans changer de position avec la pose. En revanche, lorsque la coupe se fait à la découpeuse (pavés et dalles), l’opérateur est debout. Lorsque les découpes sont nombreuses et que les matériaux le permettent, une cliveuse est parfois utilisée, en position debout avec une flexion dorsale associée aux manœuvres à effectuer. Les contraintes posturales sont donc semblables à la pose, mais d’autres risques viennent s’ajouter :
Avec un marteau, ce sont principalement les vibrations liées aux chocs de l’outil sur le pavé (et le risque de blessures par projection d’éclats justifiant le port des EPI. Un à six coups de marteau sont nécessaires pour fendre un pavé granit 9x11, selon la découpe, l’expérience de l’opérateur, ou le pavé.
Avec une découpeuse, l’opérateur est exposé aux vibrations provoquées par l’outil, mais également aux poussières provoquées par la découpe. Par ailleurs, l’outil présente des risques significatifs pour la sécurité de l’opérateur : risque de rebond, de décalage de la machine, a fortiori si l’opérateur maintient le pavé à découper avec son pied, risque de blessures par projection d’éclats.
Exemples de découpes et de tailles de pavés granit, pavés béton et dalles
Pose de dalles en granit ou béton
La pose de dalles, en granit ou en béton, se distingue de celle des pavés par un poids unitaire des dalles ne permettant pas de manipulations manuelles semblables à celles vues plus haut, à un seul opérateur. La manutention est effectuée manuellement à plusieurs, avec des aides techniques ou de manière mécanisée.
Pour limiter le nombre d’opérateurs et faciliter le travail, la manutention des dalles est donc souvent mécanisée (mini-pelle équipée d’une ventouse par exemple). L’engin, guidé par l’opérateur, va donc approvisionner les dalles jusqu’à leur emplacement de pose.
Le paveur accompagne la manœuvre, oriente la dalle supportée par la ventouse et la met en place sur son lit de sable. Plusieurs manœuvres de la dalle et d’interventions sur le lit de sable sont souvent nécessaires pour chaque dalle afin de garantir la planéité, elles sont plus fréquentes dans la pose de dalles recyclées (moins régulières) que de dalles neuves.
Pose de dalle sur lit de sable. La découpe d’une dalle est très majoritairement réalisée à la découpeuse ou à la cliveuse. La ventouse de manutention peut ne pas convenir aux dimensions d’une dalle une fois découpée ; le cas échéant, elle devra alors être positionnée manuellement par le paveur.
Compte tenu de cette mécanisation, les contraintes physiques sont davantage en lien avec les postures adoptées, et les efforts associés, pour accompagner la manœuvre et aplanir le lit de sable, qu’aux manutentions manuelles à réaliser. Des postures sollicitantes sont également déterminées par l’utilisation des équipements (découpeuse, cliveuse, ventouse).
Synthèse : les contraintes physiques à identifier lors de la pose
Les contraintes physiques identifiées à cette étape sont relatives aux manutentions, aux postures sollicitantes et aux vibrations. Elles sont principalement déterminées par :
Le type de pose qui entraîne des postures maintenues en flexion dorsale ;
Les positions de travail, à genoux ou debout, à l’origine de postures contraignantes (flexion du tronc, rotations et inclinaisons latérales) et d’appuis prolongés sur les genoux ;
Le nombre de manipulations et le poids des pavés à l’origine de cumuls de charges à manutentionner importants ;
Les découpes et tailles, provoquant une exposition aux vibrations, aux poussières, au bruit, à des postures contraignantes et aux risques liés aux machines utilisées ; le nombre de découpes et tailles est lui-même déterminé par la forme des zones à paver et le plan de pose.