Logo PréventionBTP - Retour à l'accueil
Chantiers

À Noyal-sur-Vilaine, la santé des femmes au cœur des enjeux du BTP

La mixité comme levier de prévention dans l’artisanat du BTP. C'est le thème retenu par Capeb le 13 mars dernier à Noyal-sur-Vilaine, près de Rennes, pour réunir une délégation nationale et l’ex-Première ministre Élisabeth Borne. L’occasion d’écouter le témoignage d’apprenties et de deux chefs d’entreprises, pour cerner l’évolution des mentalités.

Date : 23/03/2026

A G

Armelle Gegaden

À Noyal-sur-Vilaine, la santé des femmes au cœur des enjeux du BTP

© OPPBTP

« Mon aventure a commencé en pâtisserie. Mais finalement, j’ai changé pour la peinture. Ce qui me plaît, ce sont les couleurs, le travail à la main, le mouvement… », raconte Louane, 18 ans, apprentie en CAP Peinture au CFA de Montgermont, dans le nord de Rennes. Dans cet établissement, les jeunes filles sont désormais 80 sur 1 000 élèves. Leur proportion est passée de 4 % à 8 % en dix ans. Une tendance qui se confirme à l'échelle de la région voisine. En six ans, les effectifs féminins du BTP CFA Pays de la Loire ont bondi de 212 à 461 apprenties. Les femmes s’autorisent de nouveaux métiers. « Les mentalités changent », juge Virginie Chevallier présidente de la Capeb 35, ce 13 mars, à Noyal-sur-Vilaine, dans l’est de Rennes. Une rencontre était organisée à la Menuiserie Saint-Joseph autour de l'ancienne Première ministre, Élisabeth Borne, des représentants de la Capeb, de l’OPPBTP et de PROBTP, dans le prolongement de la Journée internationale des droits des femmes.

S'inspirer des stratégies déployées par les femmes

Développer la mixité est en enjeu fort pour le bâtiment, pour répondre aux besoins de recrutement, mais également pour développer les savoir-faire de prudence. Les travaux de l'Iris-ST (Institut de recherche et d'innovation sur la santé et la sécurité au travail) montrent que les femmes anticipent mieux les postures de travail et ont tendance à utiliser des méthodes plus économes en énergie physique : un modèle pour la prévention de l'usure professionnelle.

« Les hommes ont parfois tendance à passer en force, à aller au-delà de l’acceptable pour le corps. Nous devons nous inspirer des stratégies déployées par les femmes », témoigne Yann Danion, président de l’OPPBTP, à la tête d’une entreprise spécialisée dans les cloisons sèches et l’isolation dans le Morbihan. Depuis quatre ans, son équipe de terrain compte une femme et privilégie un approvisionnement par groupe de quatre pour monter les plaques à l'étage, contre deux ou trois auparavant. « Les hommes eux-mêmes demandent à être plus nombreux pour se préserver ».

La présence des femmes favorise aussi des comportements plus soignés dans l’entreprise, une attitude globale plus protectrice de la santé et de l’hygiène. « Elles apaisent les chantiers », constate Christelle Delouche, présidente de la Capeb 49, qui dirige une entreprise de maçonnerie et taille de pierre dans le Maine-et-Loire.

Lire aussi :

Des freins à la féminisation

La Capeb est engagée de longue date sur le sujet, tandis que les CFA prêchent la bonne parole sur les atouts des métiers manuels et leur accessibilité aux femmes. Mais les candidatures restent rares. Les femmes représentent moins de 2 % du personnel de chantier. « Les représentations des familles et des jeunes filles pèsent lourd », explique Christine Joyeux.

Les dirigeants eux-mêmes ont leurs propres craintes. Ceux de la Menuiserie Saint Joseph le confessent, micro à la main : « Au départ, on était hésitants pour recruter des femmes. On se disait : la charpente, c'est lourd, c'est physique. Et puis, nous n’étions pas équipés en vestiaire. Nous avions peur que l'arrivée d'une femme perturbe le fonctionnement d'une équipe masculine », explique Christophe Dubreuil qui avec François Drucy, a repris cette menuiserie en 2017. La question de la maternité, également est appréhendée. De fait, elle représente un enjeu de préservation de la santé et d’organisation. Christine Chevallier, mère, grand-mère, conjointe collaboratrice, rappelle que les spécificités du parcours des femmes doivent absolument être pleinement intégrées, « pour que le genre ne soit plus un frein ».

Lire aussi :

Des expériences positives

Malgré tout, quand les craintes sont dépassées, les expériences s’avèrent positives, témoignent les participants. En accueillant des jeunes stagiaires, les dirigeants de la Menuiserie Saint Joseph ont complètement changé de point de vue. « J’ai été impressionnée par l’esprit dans mon équipe, par la volonté, l’endurance et la qualité du travail de ces jeunes filles. Certes, la force physique n’est pas la même, mais c’est parfaitement possible de s’adapter », témoigne François Drucy.

Louane, apprentie en CAP Peinture, raconte qu’une entreprise de peinture n’a pas voulu l’embaucher. « Ils m'ont trouvé ‘frêle’, sans doute parce que j’étais une fille. Une semaine après, j'ai trouvé une autre entreprise et ça s'est très bien passé ». L’expérience est également positive pour Rozenn, 18 ans, apprentie en CS Zinc, attirée par le travail en plein air et son côté créatif. « Nous sommes peu nombreuses et les entreprises sont contentes de nous recruter : c’est valorisant ».

ACTU femmes Capeb 35 mars 2026

Agathe, 26 ans a exploré le design, puis l'histoire de l'art avant d’entrer au CFA de Montgermont pour se former à la menuiserie et travailler de ses mains. « On ne va pas de mentir : soit on tombe dans une entreprise qui ne fait aucune différence, soit au contraire, on a toujours quelque chose à prouver ». Avant d’ajouter : « C’est vrai que c’est physique. Nous utilisons des panneaux de bois transformés qui pèsent jusqu’à 80 kg. Mais nous travaillons en équipe. Que l’on soit un homme ou femme, nous demandons de l’aide », témoigne-t-elle. Un point qui a été évoqué lors de la table ronde de l’après-midi au siège de la Capeb 35 : des solutions existent pour lever les freins physiques. Le Fipu (Fonds d'investissement pour la prévention de l'usure professionnelle) finance ainsi des systèmes de levage ou d’aides à la manutention. Un soutien que les entreprises ne doivent pas hésiter à solliciter.

Lire aussi :
Ordinateur présentant un page de prévention BTP avec , à côté le magasine de prévention BTP

Découvrez le magazine PréventionBTP

Découvrez notre magazine : conseils d'experts, innovations et meilleures pratiques pour garantir la sécurité sur vos chantiers.

Dernières infos :

Le magazine :

Dessin d'un ordinateur portable

Découvrez la newsletter PréventionBTP

Tous les indispensables pour gérer et se former sur la prévention : les dernières actualités en prévention et dans le BTP et bien plus encore... C’est par ici !