Valmorel : un chariot électrique au secours de la canalisation en milieu confiné
En Savoie, les équipes de la Sade ont réalisé une prouesse technique et humaine : poser 3,3 km de canalisations dans une galerie EDF exiguë en à peine six semaines ! Un chantier marqué par de fortes contraintes d'accès qui illustre comment une mécanisation réfléchie transforme un défi logistique en un chantier réussi, y compris en matière de prévention des risques.
Date : 26/02/2026
Goulven Connan

Le décor est celui d'une galerie technique EDF, un tunnel taillé dans la roche serpentant sous la montagne savoyarde. C’est dans cet environnement que Sade Travaux spéciaux Melun et Sade Grenoble ont été chargés, par la communauté de communes Vallées d’Aigueblanche, d’installer 560 tuyaux de fonte de 6 mètres de long et 250 mm de diamètre pour sécuriser l’alimentation en eau potable de la station de ski de Valmorel. Un projet hors norme, réalisé en à peine six semaines entre le 3 septembre et le20 octobre 2024. Cette date butoir marquait la fin de l'arrêt d'eau contraint par EDF, échéance à laquelle les deux tiers des conduites devaient impérativement être posés pour permettre au chantier de s'achever avant l'hiver. Le tiers restant a été posé en novembre.
L’analyse des risques comme point de départ
Dès la phase de préparation, une évidence s’impose : la configuration du tunnel, dont la largeur n’excède pas 1,50 m par endroits, interdit l’usage de méthodes classiques pour acheminer les conduites. « Le besoin premier était d’éviter la pénibilité de la manutention, explique Jean-Yves Pérignon, responsable QHSE chez Sade Travaux spéciaux à Meulun. Les tuyaux ne pouvaient pas être tirés manuellement dans une galerie exiguë, humide et en pente. Il fallait réduire au maximum les manipulations directes par les compagnons. »
Au-delà de la charge physique (environ 200 kg par tube), le tunnel imposait une vigilance extrême sur la qualité de l'air. « Le fait d’être confiné dans une galerie présentait un risque lié aux gaz d'échappement. Le choix s’est donc porté sur un chariot électrique pour supprimer ce risque », précise Jean-Yves Pérignon.
Le Minitruck : une « mule » technologique sur mesure
Pour répondre à ce double enjeu de santé et de productivité, l’entreprise Minitrucks Robotics a adapté son Minitruck ECM80. « Nous fabriquons des mini-engins capables de déplacer des charges lourdes avec le châssis le plus compact du marché, d’une largeur de 55 cm. Sur ce projet, il a fallu accompagner la Sade sur leurs impératifs de durée dans un environnement particulièrement contraint », insiste Damien Selleret, directeur commercial chez Minitrucks Robotics.
Compact et très maniable, le Minitruck se révèle redoutable d’efficacité associé à une remorque dans les zones où l’accès est très contraint. Afin d’optimiser les trajets, les équipes ont conçu en interne une remorque spécifique capable de transporter quatre conduites simultanément et ainsi limiter le nombre d’allers-retours. Car dans le temps imparti, il fallait aussi installer et connecter ces tuyaux avec une qualité de pose optimale pour supporter une pression de service de 37 bars ! Pour cette opération, les tuyaux ont été descendus de la remorque et positionnés sur leurs supports à l’aide d'un système de palans fixés sur des ancrages naturels ou artificiels, permettant de contrôler leur glissement et leur emboîtement précis.
La remorque permet de transporter quatre conduites en fonte de 250 mm de diamètre simultanément. L’autonomie au service d’une organisation en 3x8
Pour tenir les délais imposés par l’arrêt d’eau EDF, 36 compagnons se sont relayés en 3x8. Cette cadence a imposé une gestion rigoureuse de l'énergie. « Un engin électrique classique offre environ 3,5 km d'autonomie. Sans batteries interchangeables, le Minitruck faisait un aller et restait coincé des heures en recharge. Ce n'était pas envisageable », analyse Damien Selleret.
La solution ? Deux batteries lithium de 15 kg chacune, « rackables », et de la taille d'une feuille A4. « C'était la solution idéale pour offrir un gain de temps et réduire la pénibilité pour les opérateurs au moment de remplacer les batteries », ajoute-t-il. « La machine a tourné à plein régime pendant toute la durée de l'arrêt d'eau », confirme Jean-Yves Pérignon.
La télécommande, un bouclier pour l'opérateur
L'un des bénéfices majeurs reste l'usage de la télécommande radio. Dans un tunnel où l'espace est très compté, piloter à distance est un gage de sécurité fondamental.« Avec la télécommande, l’opérateur reste à distance donc le risque de heurt est supprimé. La maniabilité était parfaitement adaptée », observe Samuel Soroka, directeur méthodes chez Sade.
Le Minitruck et sa remorque sont pilotés par un opérateur via une télécommande. Avec ses 55 cm de largeur, l’engin est très manœuvrant. Cette distance permet aussi d’offrir une visibilité parfaite pour éviter les obstacles, comme les câbles électriques EDF.« Nous avons été contraints de déblayer à certains endroits pour sécuriser le passage. La largeur n'était pas uniforme sur toute la longueur », note Jean-Yves Pérignon.
Une culture de prévention intégrée
L’introduction d’un tel équipement sur un chantier exceptionnel ne s’improvise pas. La Sade a ainsi misé sur l’accompagnement. « Nous avons organisé une journée de sécurité où le fournisseur a assuré la prise en main des équipements. Les opérateurs se sont entraînés juste avant le début des travaux », souligne Jean-Yves Pérignon.
Même le risque incendie, lié à l’utilisation de batterie au lithium en milieu souterrain, a été anticipé. « On a formé les opérateurs au port de l'autosauveteur et créé des points secours pour s'équiper en cas de fumée. Ce n'est heureusement pas arrivé, mais tout était prêt », ajoute-t-il.
Le résultat est à la hauteur des investissements consentis par Sade et le chantier a été livré dans les temps. « Nous avons réussi à lier prévention des risques et performance du chantier. En termes de réduction des TMS, l'objectif est rempli à 100 % », souligne Damien Selleret.
Jean-Yves Pérignon abonde dans le même sens. « Aucun accident n'est à déplorer et le client est satisfait. C'était un réel défi que nous avons réussi à relever. » Au final, ce chantier démontre que la préparation technique et le choix d’un matériel adapté restent les meilleurs outils pour supprimer les risques à la source et préserver la santé des équipes.
Véritable concentré de puissance, l'ECM80 se distingue par sa largeur de 550 mm, idéale pour les environnements étroits. Sa motorisation100 % électrique supprime toute émission de gaz polluants en milieu confiné. Doté de batteries Lithium-ion interchangeables, il permet un travail en continu sans immobilisation pour recharge. Le pilotage par radio télécommande préserve une excellente précision dans les manœuvres tout en tenant l'opérateur hors de la zone de danger (coincement, vibrations). Un allié robuste capable de déplacer800 kg dans les conditions les plus agressives.
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