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Chantiers

« Décarboner, c’est aussi améliorer la sécurité sur nos chantiers »

Dans le secteur de l’eau et canalisations, la décarbonation dans les travaux publics s’appuie sur l’innovation technique. Elle ouvre aussi la voie à une meilleure prévention des risques sur le terrain, notamment en modifiant les méthodes de travail.

Date : 17/02/2026

J D

Jeremy Debreu

« Décarboner, c’est aussi améliorer la sécurité sur nos chantiers »

© Sade

Lorsqu’on est véritablement engagé dans ses missions de responsabilité sociale, on trouve souvent que son organisation n’avance pas assez vite ou ne va pas assez loin. Et c’est un sentiment que Lionel Allaire, directeur RSE du groupe Sade (1 milliard d’euros de chiffre d’affaires), filiale du groupe NGE, homme engagé et convaincu, peut ressentir de temps à autre. Pourtant, depuis plusieurs années, l’entreprise structure une démarche ambitieuse en faveur de la décarbonation.

Mobiliser tout un groupe pour baisser l’empreinte carbone

« Notre objectif n’est pas seulement de réduire nos émissions directes, mais d’engager tout notre écosystème, de la conception des chantiers à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et des modes opératoires. » À l’origine, tout démarre par un constat partagé : leur cœur de métier — le cycle de l’eau : eau potable, eaux usées, chauffage urbain, réseaux et infrastructures (station d’eau potable, station d’épuration, etc.) — s’inscrit au croisement de l’intérêt général et des enjeux de préservation des ressources.

Après un état des lieux réalisé en 2021 avec un bilan complet des émissions de gaz à effet de serre, la feuille de route à horizon 2 030 du groupe Sade se décline en un large plan d’actions. Réduction des consommations, choix de matériels adaptés, évolution des techniques : chaque équipe est mise à contribution. « Très rapidement, nous avons appuyé la démarche sur trois piliers : nos propres véhicules et engins, la transformation des méthodes de chantier et l’impact carbone des achats, qui pèse plus de 90 % de notre empreinte globale. »

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L’électrification des engins, ça change vraiment la vie des équipes

Dans la pratique, le groupe Sade a opté pour l’expérimentation à grande échelle : biocarburant d’origine végétale (Dielix) pour les camions et les pelles, électrification progressive des véhicules légers et petits engins et utilisation d’outils électroportatifs sur les chantiers. Le retour des équipes de terrain est sans appel. « Le matériel électrique marche extrêmement bien. Pour les compagnons, le gain de confort est considérable : moins de bruit, pas de vibration, zéro émission directe. Cela a un impact immédiat sur les conditions de travail. »

Au-delà du confort, la prévention des risques est renforcée. « Sur un chantier, plus il y a de bruit, plus la perception du danger est brouillée. Le matériel silencieux permet d’entendre ce qui se passe, les collègues, les alertes : la vigilance est accrue. » Une remarque qui vaut d’autant plus pour la conduite d’engins :« Avec un moteur thermique, une pelle en fonctionnement produit un ronronnement régulier qui, à la longue, isole l’opérateur dans une sorte de bulle. Diminuer cette nuisance améliore la concentration et la sécurité globale. »

Pour les équipements de plus grande taille, la transition est plus lente, admet Lionel Allaire, en raison des contraintes techniques et financières encore trop lourdes : « Le camion électrique, c’est encore deux fois plus cher, et la batterie est six à sept fois plus importante que celle d’une voiture électrique, ce qui pose des problèmes de recharge sur site. Mais on avance, notamment avec la perspective de groupes électro hydrogènes que nous envisageons de tester prochainement. »

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Repenser les modes opératoires

La réduction de l’empreinte carbone passe aussi par une remise en question profonde des méthodes traditionnelles. Pour le groupe Sade, l’enjeu est aussi de limiter le recours aux matériaux neufs… et les tranchées ouvertes. « Le grand chantier, c’est de limiter le terrassement et de privilégier autant que possible les travaux sans tranchée. Les bénéfices sont multiples : moins de pelles, moins de camions, moins de terre déplacée, moins de déchets à évacuer et donc moins de CO₂ mais également moins de risques de chute ou d’accident. »

Selon les premiers résultats, passer au sans tranchée permet de réduire jusqu’à 90 % le terrassement… et de 60 à 80 % les émissions CO₂ associées ! « C’est un changement de vision, mais aussi de compétences : préparer au mieux chaque opération, anticiper, collaborer plus étroitement avec les partenaires et les maîtres d’ouvrage. » Les travaux sans tranchée nécessitent une préparation renforcée : « Moins de terrassements, c’est moins de risques, mais aussi la nécessité de mieux anticiper les croisements de réseaux et les risques liés à la progression “à l’aveugle”. Préparer le chantier devient encore plus déterminant pour éviter les incidents. » L’entreprise insiste aussi sur la nécessité de valoriser au maximum les déblais produits sur place plutôt que de multiplier les transports.

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La prise de conscience des maîtres d’ouvrage, une condition-clé

Au fil de l’entretien, Lionel Allaire insiste sur un point central : la dynamique de décarbonation, et l’amélioration des conditions de travail qui en découle, ne peut aboutir sans une réelle implication des donneurs d’ordre. « Aujourd’hui, les maîtres d’ouvrage imposent des conditions de chantier, dans les délais, les modes de réalisation, les contraintes de circulation, qui ne prennent pas toujours en compte la question carbone, ni la sécurité. Il est urgent qu’ils fassent évoluer leur façon de travailler avec nous, pour être en cohérence avec les objectifs climatiques comme avec la prévention des risques ». Selon le directeur RSE du groupe Sade, « la vraie évolution viendra le jour où toutes les parties prendront conscience que moins de CO₂, c’est aussi moins de ressources naturelles consommées, moins d’engins et moins de risques pour tout le monde. »

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