263 Dossier DAP - Photo d'ouverture

    ©Emmanuel Gabily

    En résumé

    • Les DAP sont destinés à soulager les efforts.
    • Les modèles sans contention présentent des atouts en matière de prévention.

    Dossier paru dans PréventionBTP n°263 de juin 2022, p. 6.

    Ils débarquent sur les chantiers… Les dispositifs d'assistance physique (DAP), une solution pour réduire les TMS ? Oui, parmi d'autres, et à condition de les utiliser dans des situations précises de travail répétitives et contraignantes. Si de plus en plus d'entreprises s'y intéressent, pas question pour autant d'adapter l'humain au travail. L'homme amélioré par le DAP doit surtout être un homme préservé.

    Avec ou sans contention

    Une première distinction s'impose entre les dispositifs avec ou sans contention. Dans le premier cas, celui des exosquelettes, la structure est endossée par l'opérateur, par exemple pour manipuler des charges. Dans le second cas, le dispositif est fixé à un élément, mur, nacelle ou échafaudage, le plus souvent pour alléger le poids d'un outil. Les DAP recouvrent par ailleurs une large gamme de produits. « Le périmètre n'est pas facile à définir, reconnaît Pascal Girardot, responsable de domaine Prévention de l'usure professionnelle à l'OPPBTP. Une poignée à ventouse, considérée comme un accessoire de préhension, n'entre pas dans la catégorie des DAP, contrairement à un équilibreur de charge ou à un bras articulé zéro gravité, qui prennent en charge le poids de l'outil. » Une autre distinction s'opère entre les DAP non motorisés (dits passifs) et ceux motorisés (ou actifs) comme c'est le cas de certains exosquelettes (avec capteurs, moteurs et batterie) ou des cobots, des robots collaboratifs actionnés par un opérateur.

    Adéquation et appropriation

    Secteur de choix pour la mécanisation, jusqu'où le BTP peut-il aller en matière d'assistance individuelle ? Certaines entreprises industrielles, dont la variété des tâches s'apparente à celles du BTP, ont déjà un temps d'avance en matière d'expérimentation sur les exosquelettes. Chez Naval Group, le plan d'action mené par l'ergonome Bernard Boulle vise en particulier les opérations de ponçage et de drapage de matériaux composites. L'objectif affiché est de diminuer le nombre d'accidents, de maladies professionnelles et de TMS sur les postes les plus contraignants. Mais aussi de rendre les postes de fabrication accessibles aux femmes.
    Les retours d'expérience montrent que l'adéquation aux besoins et la démarche d'appropriation sont primordiales. « Tous les acteurs ne sont pas forcément mobilisés d'emblée », notent Jean-Jacques Atain-Kouadio et Adel Sghaier, experts à l'INRS, dans une note scientifique et technique présentant les principaux points de vigilance liés à l'utilisation des robots et dispositifs d'assistance physique1. Selon eux, l'implantation de ces dispositifs nécessite « la participation des opérateurs à toutes les étapes du projet. »

    Pascal Girardot confirme : « Des DAP ont beau être bien adaptés à certaines tâches, ils sont voués à l'inutilisation s'ils ne sont pas introduits dans l'entreprise avec assez de précaution au regard des enjeux sociaux et collectifs », Comment prévenir les moqueries des collègues quand on se harnache d'un exosquelette censé prendre en charge une partie des efforts ? Pionnière en la matière, l'entreprise SOE Stuc & Staff a trouvé la réponse : « Nous avons mis les exosquelettes directement entre les mains des anciens, des plus fortes têtes, souligne avec malice Bruno Rondet, directeur général de l'entreprise, qui, avec six années de retours d'expérience sur ces DAP, se considère déjà comme un « dinosaure ». Les exosquelettes font partie de notre équipement, ils n'interviennent que pour le ponçage au plafond des grandes surfaces, soit 5 % seulement de nos activités, mais les 5 % les plus pénibles»

    Des usages ciblés

    Bien que récentes, des études menées sur les exosquelettes montrent que leur utilisation réduit les contraintes physiques sur des tâches ciblées. C'est le cas de celle menée par Hilti avec le concours de l'OPPBTP. Ces deux dernières années, le fabricant d'outillage a vendu plusieurs milliers d'exosquelettes en Europe, et la France est son marché le plus important. « Ces DAP fournissent un soutien immédiat aux opérateurs, observe Pascal Girardot. Le but de l'étude est de mesurer l'impact du report de charges sur d'autres endroits du corps et d'adapter ou de modifier le matériel en conséquence»
    Avec le soutien des organisations professionnelles, d'autres expérimentations sont lancées par l'OPPBTP avec des électriciens et des peintres. Pour ces derniers, plusieurs DAP vont être testés, des exosquelettes mais aussi des dispositifs plus courants tels que de longs manches avec alimentation du rouleau intégrée, des systèmes de projection de peinture par pression d'air ou des équipements facilitant le ponçage des plafonds. « L'idée est de confronter différents types de DAP pour définir les conditions d'usage et d'intégration en fonction des chantiers, des situations et des bénéfices attendus»


    1 Les robots et dispositifs d'assistance physique: état des lieux et enjeux pour la prévention, INRS, NS 354, octobre 2017.

    L'implantation de ces dispositifs nécessite la participation des opérateurs à toutes les étapes du projet.

    En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies. Ceux-ci nous permettent de connaitre votre profil preventeur et d’ainsi vous proposer du contenu personnalisé à vos activités, votre métier et votre entreprise. En savoir plus