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Management

Handicapé et une carrière de conducteur d’engins

Ayant presque perdu l’usage de ses jambes dans un accident de voiture en 2017, Maxime Romanet suit pourtant un beau parcours de conducteur d’engins chez Midali Frères, à Theys, en Isère. Au prix d’adaptations successives de son environnement de travail et des machines à son handicap. Un bel exemple.

Date : 02/06/2026

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Hubert Heulot

Handicapé et une carrière de conducteur d’engins

© Midali Frères

Nicolas Midali, dirigeant de Midali Frères vient de rappeler le service local de Prévention et de santé au travail du BTP. Son salarié le plus sérieusement handicapé, 32 ans, conducteur d’engins, vient de devenir responsable du site de retraitement et de recyclage des matériaux, qui lui avait permis de réintégrer l’entreprise après son accident. Une promotion, mais son poste de travail doit être à nouveau ajusté. Les modifications devraient être minimes. Le siège ? L’écran ? C’est un travail de bureau. Rien de comparable avec les deux fois précédentes, en 2018 et 2023, quand un chargeur et une pelle à chenille avaient été transformés. L’histoire, un peu exceptionnelle, de Midali Frères et de Maxime Romanet se poursuit ainsi. Montrant, comme l’explique le chef d’entreprise « qu’il est possible d’ouvrir nos métiers où l’on travaille dur à personnes handicapées. Ce qui est une fierté pour nous ! » Sans passer sous silence que dans cette importante entreprise de travaux publics de l’Isère, 120 salariés, 28 millions d'euros de chiffre d’affaires, « c’est comme si les planètes s’étaient alignées pour qu’il en soit ainsi », comme le dit Christine Vianey, médecin du travail. Et tous les professionnels qui accompagnent cette histoire.

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Un « jeune de chez nous »

Au départ, il y a un jeune homme, qui à 15 ans, entre comme apprenti chez Midali Frères. Il passe un CAP de mécanicien travaux publics en attendant ses 16 ans minimum pour celui de conducteur d’engins. Comme souvent chez Midali, il est embauché dans la foulée, enchaînant les chantiers de terrassement. Mais à 20 ans, il a un accident de voiture. Deux vertèbres et la moelle épinière touchées. Les capacités de ses jambes restent bien diminuées. Aujourd’hui, il marche avec des béquilles. Et le plus souvent possible « pour conserver de la masse musculaire ». Mais il n’a plus d’équilibre, il ne peut rien porter.

Deux mois après son accident, Nicolas Midali le rassure : « peu importe ton état, tu resteras dans l’entreprise ». « C’est un jeune de chez nous, que nous avons formé, on n’a pas trop réfléchi », raconte-t-il. Le dirigeant a une entreprise d’une taille suffisante pour lui trouver un poste. Il pense à de l’administratif. Maxime Romanet, lui veut remonter dans une pelle. Mais les chantiers, pour lui, c’est fini : trop de déplacements, de changements d’engins, de travail au sol. Une possibilité se dessine sur la plateforme de la société de retraitement de matériaux. Maxime Romanet, affecté à un poste fixe pour la journée, peut remplir des camions, alimenter une cribleuse.

Anticipation

Nicolas Midali et lui s’y sont rendus un samedi matin de 2018. Au pied d’un chargeur, le patron lui lance : « Si tu montes dans la cabine, on s’arrangera pour adapter les commandes. » Même à peine sorti de rééducation, Maxime Romanet, s’accroche aux mains courantes, le long des marches et à la force des bras, il y parvient. C’est le déclic, l’adaptation d’un chargeur à son handicap est lancée et la définition des conditions d’emploi à respecter. « Le remettre au travail, c’était bien, mais pas au détriment de son état physique », précise Nicolas Midali.

Pour Christine Vianey, médecin du travail, la détermination des deux hommes a été primordiale. En particulier, leur anticipation de la fin de l’arrêt maladie. « Une telle volonté partagée incite les acteurs comme nous à s’impliquer encore plus », remarque aussi Florence Magne de Cap Emploi qui a coordonné le travail de tous en commençant par l’étude de besoins techniques pour compenser le handicap et qui a accompagné l’entreprise dans le financement des surcoûts par l’Agefiph. 

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Des joysticks

Finalement, ils se sont élevés à 17 % de plus que le prix du matériel standard, ce qui a fait 40 000 euros pour le chargeur en 2019, 30 000 euros pour la pelle à chenille quatre ans plus tard. Pris en charge à chaque fois à 70 % par l’Agefiph.

L’affaire est rondement menée. En six mois, le chargeur modifié est livré sur la plateforme. Caterpillar, le constructeur, a missionné un bureau d’études. Plus qu’une adaptation des commandes, il recrée un environnement de conduite, réalisée avec plusieurs joysticks. Plus tard, dans la pelle à chenille, il n’y aura plus que deux joysticks, encore plus sophistiqués, dont la première fonction sera de remplacer les pédales.

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Série de tests

À ces manettes s’ajoutent une ceinture pouvant servir d’alerte en cas de malaise, le déverrouillage de la porte au bas de l’engin, des points d’appui pour monter et surtout un siège tout confort. Au fil du temps, l’ergonome de la médecine du travail effectuera trois séries d’essais pour vérifier que les seuils de « vibrations corps entier » ne soient pas dépassés. En dehors de la cabine, un fauteuil roulant sur parcours non carrossable sera aussi ajouté.

Le chargeur et la pelle à chenille tournent aujourd’hui dans d’autres mains que celles de Maxime Romanet. Utilisables par des personnes valides. Le chargeur, 11 000 heures au compteur, est bientôt en fin de vie. Il ne sert plus que de mulet (engin de secours). Maxime Ramonet pourrait remonter dedans au besoin, comme dans la pelle, mais il n’en a plus guère l’occasion. Tout heureux à son nouveau poste, à la bascule, il retrouve des contacts humains avec les chauffeurs de camions et de camionnettes, comme autrefois sur les chantiers.

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