L’IA soulève, par ailleurs, d’importantes questions éthiques et des risques de fuite de données qui placent les travailleurs dans une situation de perte de repères. Ils oscillent entre hypervigilance, autocontrôle, culpabilité ou incertitude : Qu'est-ce que j'écris ? Qu'est-ce que je m'abstiens de faire ? Le « shadow IA », c’est-à-dire l’utilisation non-encadrée et cachée de l’IA pour gagner en performance au travail est en plein boom, avec des risques forts de divulgation d’informations confidentielles. Pour Johan Theuret, directeur général adjoint chargé du Pôle ressources de Rennes Métropole et de la Ville de Rennes, les directions générales, les DRH, les préventeurs doivent s’emparer du sujet pour l’encadrer et le sécuriser. « Notre responsabilité est d’accompagner ce déploiement au travers de méthodes, d'identification des risques et surtout de repérage des usages répétés dans le temps, en travaillant par communauté de métier. Nous sommes victimes d’une injonction marketing à aller vite contre laquelle il faut lutter. Nous devons prendre le temps de l’accompagnement », insiste-t-il.
Avant d’être technique, le déploiement de l’IA est éminemment organisationnel. « Cela nécessite de réunir les directions, les encadrants, les salariés et les partenaires sociaux », poursuit Johan Theuret. Consulter le comité social et économique est d’ailleurs obligatoire en cas d’introduction d’une nouvelle technologie majeure dans une entreprise, a rappelé le tribunal judiciaire de Nanterre, dans un récent arrêt*. « L'usage de l'IA doit être débattue de façon collective », abonde Véronique Bouyaux, directrice de l’Aract Bretagne. Imposer l'IA de manière unilatérale, par de simples formations à l'outil ou une charte d'usage descendante « risque d’appauvrir le collectif et de générer des situations aliénantes », prévient-elle.
*TJ Nanterre, 14 février 2025, n° 24/01457.