Guillaume Boulanger, responsable d’unité qualité des milieux de vie et du travail et santé des populations à Santé publique France, est intervenu spécifiquement sur le sujet de l’exposition des travailleurs aux fortes chaleurs.
Il rappelle que l’écart par rapport à la normale des températures ne cesse de s’accroître depuis 1990, d’après les données de Météo France. « Maintenant nous sommes tous familiers des alertes canicule de Météo France et on voit clairement une augmentation des alertes et depuis 2019, l’apparition de vigilances canicule rouge qui se répètent tous les ans. A l’avenir, on s’attend à vagues de chaleur, à la fois plus précoces, plus fréquentes et touchant tout le territoire ».
Le travail par forte chaleur a bien entendu des effets sur l’organisme, hyperthermie, déshydratation, pouvant aller jusqu’au coup de chaleur voire malaise et dans certains cas décès. La chaleur provoque également de l’inconfort, une baisse de la vigilance, de la fatigue, des troubles du sommeil, une perte de la productivité. Elle peut aussi aggraver des pathologies préexistantes, essentiellement cardio respiratoires, rénales ou métaboliques.
Certes, « l’organisme s’adapte, mais il le fait entre huit à douze jours. Mais fin mai, nous sommes passés de 10-15 degrés à des pics de plus de 30 degrés, là, l’organisme ne peut pas absorber, les mécanismes de thermorégulation sont dépassés. »
Pour Guillaume Boulanger, il faut bien avoir conscience qu’au-delà de 25 degrés, en population générale, le risque de mortalité devient très important et exponentiel. Des études en Australie, en Espagne, au Québec, en Italie, ont montré une augmentation des accidents du travail et des maladies professionnelles en lien avec l’exposition à la chaleur. « Cela donne des clés pour agir en prévention, souligne l’expert. En prenant les facteurs individuels, on sait que les hommes sont plus à risque que les femmes, et cela s’explique par la division sexuelle du travail : plus d’hommes travaillent dans l’agriculture ou le BTP par exemple. Les jeunes aussi, on retient sur ce point l’hypothèse qu’ils ont moins d’expérience et de formation et sont affectés à des tâches plus pénibles physiquement et donc plus à risque. A l’inverse, pour les personnes plus âgées, les difficultés sont plus liées à la thermorégulation. »
Il existe également des vulnérabilités pathologiques liées à des maladies chroniques et à la prise de certains médicaments. Et du point de vue des secteurs d’activité les plus exposés, on retrouve l’agriculture, la construction et l’industrie.