Ces deux scénarios ont été projetés dans cinq secteurs : le BTP, l’aide et le soin à la personne, le transport routier de marchandises, les industries agroalimentaires et les métiers de l’informatique.
Comment cela se traduit-il pour le secteur du BTP, qui représente 1,5 million de salariés répartis dans environ 230 000 entreprises, dont 85 % de moins de 10 salariés ? « Le BTP, où la moyenne d’âge tourne autour de 40 ans, a une pyramide des âges resserrée aux deux extrémités et un taux de féminisation limité à 12 %, avec seulement un tiers de femmes en situation de production », rappelle Pascal Girardot, responsable de la prévention de l’usure professionnelle à l’OPPBTP. « La sinistralité du secteur reste importante malgré les progrès en matière d’AT-MP, et les conditions de travail, sollicitantes pour le salarié. »
Dans le cas du scénario optimiste, le BTP jouerait à plein son rôle dans la transition écologique à l’horizon 2050, avec une multiplication des projets de rénovation – visant à la neutralité bas carbone – qui compenserait la chute du marché du neuf. Un effort important serait consacré au maintien en emploi des seniors, grâce à une « politique de reconversion ambitieuse », mais les pénuries de main-d’œuvre pourraient rester équivalentes à celles de 2030. Comment y pallier ? « Transformer le travail par l’intégration des nouvelles technologies d’assistance physique et le développement de la préfabrication hors site qui améliore les conditions de travail » est une option, selon le groupe d’experts. « Des collectifs d’entreprises pourraient émerger afin de partager des viviers de salariés, tels les groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification », explique Pascal Girardot. Une dynamique de formation pourrait permettre d’accroître la polyvalence des ouvriers, et donc la rotation dans les équipes afin de prévenir leur usure. La constitution de réseaux avec l’étranger afin de proposer un vivier de travailleurs immigrés pour une durée limitée à la mission, ou encore l’automatisation afin de rendre le secteur plus attractif aux jeunes, sont d’autres pistes.
Dans le scénario pessimiste, le marché du neuf resterait dynamique, mais ne parviendrait pas à répondre à la demande croissante de logements. L’absence d’une politique de prévention de l’usure professionnelle et le manque d’investissement alloué à la prévention des AT-MP conduiraient à une multiplication des licenciements pour inaptitude et des reconversions vers d’autres secteurs. Les chantiers, de plus en plus pénibles, en raison du travail à la chaleur, seraient ralentis par les difficultés de recrutement et l’absentéisme. La féminisation du BTP resterait marginale. La main-d’œuvre jeune, aux capacités physiques diminuées par la sédentarité, se ferait de plus en plus rare du fait de la stagnation démographique et du manque d’attractivité du BTP.
Dans tous les cas, les enjeux en termes de SST sont pléthore : évolution des savoir-faire requis, risque de désagrégation des collectifs de travail, association plus étroite avec les politiques de santé publique, utilisation des nouvelles technologies… « Les TPE où peu d’avantages sociaux existent pourraient s’organiser entre elles pour proposer un modèle social plus attrayant », avance Pascal Girardot. Autres pistes : valoriser la plus-value de l’expérience et la transmission des savoir-faire pour améliorer l’image des seniors dans les entreprises ; veiller à la qualité du management intermédiaire pour favoriser la cohésion des équipes ; expérimenter l’intégration de solutions technologiques dans le cadre d’une réflexion globale sur les conditions de travail, appuyée par une analyse préalable du besoin ; tirer parti des évolutions du BTP vers la rénovation, pour imaginer des parcours de reconversion visant à limiter l’usure professionnelle en fin de carrière.