Cette fiche et les étapes décrites sont le résultat des observations menées fin 2025 sur quatre chantiers en région parisienne. Elles sont représentatives des situations rencontrées habituellement par les échafaudeurs sans être pour autant exhaustives. Certaines opérations n’ont ainsi pas pu être observées, telles que le démontage par exemple.
Des échafaudeurs sont confrontés à trois risques TMS principaux :
- Le port de charge lié à la manutention des éléments de structure ;
- Le risque vibratoire associé au martelage sur les éléments de structure ;
- Les contraintes posturales associées à la mise en place des éléments de structure.
Les manutentions manuelles de charge
La manutention manuelle de charge constitue un risque TMS important pour les échafaudeurs. En effet, si le tonnage individuel manutentionné par les différents compagnons observés reste plutôt éloigné des seuils délétères posés par la norme NFX 35-109, en revanche la manipulation unitaire de certains éléments peut être considérée comme problématique, car au-delà des seuils identifiés par cette même norme. De fait, de nombreuses pièces en acier galvanisé dépassent les 15 kg.
1. Les reprises de charges
De la livraison jusqu’à sa pose, un élément peut connaître jusqu’à quatre transferts.
Reprise de charge.
Echafaudage de 2 tonnes : 7 t de matériel manipulé
Sur le chantier observé, l’échafaudage de deux tonnes - petit échafaudage de façade de 5,5 m de long sur 6 niveaux avec poulie - a conduit à la manipulation manuelle de près de 7 t, multipliant la charge initiale par un facteur de 3,4.
Le camion-grue a notamment déposé trois palettes supports et un berceau sur l'esplanade proche du chantier dont les dimensions ne permettaient pas de passer la porte de l'enceinte sécurisée du chantier. L'ensemble du matériel a dû être transféré manuellement au pied de la zone de montage.
2. La manutention de pièces individuelles
Sur les 93 pièces principales constituant l’échafaudage, plus de 49 % d’entre elles font plus de 15 kg, et près de 10 % plus de 20 kg.
Poids des éléments individuels
3. Mise en place des éléments les plus lourds
Ce sont pratiquement tous des éléments du niveau supérieur installés depuis le niveau inférieur et se caractérisant par du port de charge bras en l’air.
Installation du plancher à trappe (26,8 kg).
Installation d'un plateau acier (21,6 kg).
Ces tâches réalisées seules constituent des situations à risque. Réalisées à deux, elles diminuent significativement le risque délétère.
Installation d'un MDS de 3 m (15 kg).
4. Le transfert manuel des éléments les plus lourds
Sur la phase sans poulie, les levées manuelles et verticales du matériel lourd ne sont pas sans risques. Elles demandent une bonne coordination entre celui qui transmet et celui qui réceptionne pour être sûr que la prise est bien ferme et assurée.
Transfert du plancher à trappe (26,8 kg) et du plateau acier (21,6 kg).
Poids manutentionné par les compagnons
Sur ce chantier d’une journée, l’équipe a pu successivement passer de 4 à 2, puis 3, puis à nouveau à 4 compagnons. Seuls un compagnon et le chef monteur ont assuré l’intégralité du chantier. De fait, la répartition des poids manipulés par compagnon est inégale.
Poids porté par compagnon.
Nombre de compagnons sur le chantier
Manutention de pièces individuelles : quelle fréquence cardiaque ?
Le compagnon n° 2, suivi sur la journée, a été équipé d’un cardiofréquencemètre pour mesurer sa fréquence cardiaque (FC).
Analyse Cardiofréquencemétrie compagnon n°2.
En phase 1, le compagnon 2 est essentiellement mobilisé sur le rapatriement du matériel depuis la zone d'entreposage initiale vers la zone chantier dans l'enceinte sécurisée. Sa FC est pour l'essentiel sous les 98 battements par minute (bpm) et passe au-dessus lors du rapatriement d'éléments volumineux ou lourds.
En phase 2, le compagnon 2 passe en niveau 1 dans un rôle de relayeur du matériel pour les compagnons réalisant le montage en niveau 2. Cette phase est peu contraignante en matière de charge physique. Les deux 1ers pics observés correspondent à la montée à l'échelle pour atteindre le niveau supérieur et le 3e à la transmission du plancher à trappe.
En phase 3, le compagnon est seul au montage. Il installe la poulie et assure la totalité du montage du niveau 3. Les exigences physiques sont plus fréquentes avec une FC qui passe régulièrement au-dessus des 115 bpm et passe les 130 bmp pour la mise en place du plancher à trappe.
En phase 4, ils sont deux à assurer à la fois la réception du matériel et le montage du niveau 4. L'activité se densifie avec l'arrivée de ce 1er collègue puis d'un second, quelque temps après, en charge du transfert vertical. Le remontage de la poulie et la mise en place du MDS pour le niveau 5 ressortent comme particulièrement physiques sur cette phase.
En phase 5, le compagnon n° 2 passe davantage sur une activité de réception du matériel et de transmission au collègue en charge du montage du niveau 6. Son activité est moins dense, marquée plutôt par les phases de réception du matériel quand bien même la mise en place de la diagonale sur le niveau a pu marquer un pic physique. Cette alternance peut être considérée comme un mode de régulation de l'activité permettant de 'récupérer' après une phase de fortes sollicitations.
Analyse comparative des Phases A et B.
A noter : la différence de sollicitations physiques sur deux phases similaires durant lesquelles le compagnon n° 2 tient un rôle de transmission du matériel pour les collègues situés au niveau supérieur. Elle s'explique par le fait que dans la phase 2 (flèche A), les éléments sont transmis individuellement, alors qu'en phase 5 (flèche B), ils sont transmis groupés via la poulie (en général par deux pour les éléments longs) et constituent donc une charge plus lourde à réceptionner.
5. La manutention à la poulie
Concernant les ports de charge à la poulie, 67 mouvements de poulies ont été réalisés pour lever 976 kg de matériel. Au total, 28 mouvements ont été réalisés par le chef monteur et 39 par le manutentionnaire arrivé en début d'après-midi.
Les petits éléments propres à un niveau sont montés en grappe, les éléments intermédiaires par deux, les éléments lourds et volumineux restent levés de façon unitaire.
La répartition du nombre de portages par tranches de poids de 5 kg est donnée dans le graphique ci-dessous.
Transfert à la poulie.
Le risque vibratoire
Sur un chantier d’échafaudage en cours de montage, le risque vibratoire sera lié aux opérations nécessitant du martelage :
Mise en place des diagonales
Les diagonales sont des pièces de contreventement qui viennent renforcer la structure entre deux poteaux. Les diagonales sont positionnées sur les parties extérieures de l’échafaudage. Elles s’insèrent, d’un côté, dans l’étrier haut d’un premier poteau, et, de l’autre, dans l’étrier bas du second poteau.
Dans la situation observée, l’accroche physique diagonale / étrier est réalisée par l’introduction à l’horizontale d’un ergot situé à chaque extrémité de la diagonale dans l’orifice latéral de l’étrier.
Une fois introduit, l’ergot est tourné à la verticale dans l’étrier au moyen d’une clavette qui lui est associée. L’accroche diagonale / étrier est consolidée par l’enfoncement de la clavette au moyen du marteau bloquant l’ergot en position (néanmoins, selon les marques ou modèles d'échafaudage, les modalités de fixation peuvent varier).
Schéma Clavette.
Trois temps pour mettre en place les diagonales
La mise en place des diagonales s'opère en trois temps :
- 1er temps : en position debout, le compagnon introduit l'ergot de la partie haute de la diagonale dans l'étrier supérieur du 1er poteau. Cette opération est réalisée manuellement sans difficulté particulière ;
- 2nd temps : en position penchée > 45°, le compagnon introduit l'ergot de la partie basse de la diagonale dans l'étrier inférieur du 2nd poteau ;
- 3e temps : à nouveau debout, le compagnon retourne sur la partie supérieure de la diagonale au niveau du 1er poteau pour enfoncer la clavette au marteau et sécuriser l'accroche supérieure.
La mise en place de la diagonale inférieure, sur le 2e temps, ne va pas toujours de soi : la présence de la moise déjà en place, et/ou une structure qui n’est pas tout à fait à l’horizontale peut compliquer l’introduction de l’ergot de la diagonale dans l’étrier.
Du martelage est alors observé sur la tête de moise pour un recentrage et/ou sur la cheville de l'ergot pour bien insérer ce dernier dans l'étrier, puis sur la clavette passée à la verticale pour l’enfoncer et sécuriser l'accroche.
Ces coups de marteau sont donnés avec plus ou moins d'intensité selon les difficultés rencontrées.
L’accroche en partie basse se fait au niveau du plancher, sur l’extérieur de la structure à plusieurs mètres au-dessus du sol. Elle conduit à opérer en position agenouillée avec des contraintes de structure qui rendent difficiles à la fois les prises d’informations visuelles et la frappe sur la cheville de l’ergot, obligeant parfois à des contorsions.
À de nombreuses reprises, le compagnon a dû retirer la plinthe installée pour réaliser l’accroche. Et souvent, l’aide d’un collègue évoluant sur le niveau inférieur est sollicitée. Sur le chantier observé, les mises en place des diagonales ont figuré parmi les opérations d’assemblage les plus longues.
Postures contraignantes liées à la frappe sur la cheville de l’ergot en partie basse
Les postures contraignantes
1. Postures bras au-dessus du cœur avec charge :
À travers les risques de manutention manuels de charges, les situations suivantes ont été identifiées :
- Mise en place des planchers à trappe (26,8 kg)
- Mise en place des plateaux acier (21,6 kg)
- Mise en place des supports planchers (jusqu'à 17 kg)
2. Postures penchées en avant > 45° ou agenouillées :
- Mise en place des diagonales
Cette situation a déjà été évoquée ci-dessus à travers les risques vibratoires.
- La mise en place des plinthes
Elles sont positionnées en pourtour de chaque niveau. Leur mise en place suppose la position agenouillée ou accroupie. L’encastrement autour du poteau oblige parfois à insister avec des efforts de poussée ou de martelage sur la plinthe.
Postures contraignantes lors de la pose des plinthes.
- Reprise des éléments au sol en début de chantier
En début de chantier, les sollicitations du rachis pour saisir les éléments au sol sont nombreuses. En effet, les éléments de montage rapportés de la zone d’entreposage, sont en général disposés au sol, faute de structure à laquelle les adosser. Dès lors que les premières mailles sont constituées, les éléments longs peuvent être déposés en appui contre une lisse ou sous-lisse et/ou accrochés aux étriers par les clavettes (moises, diagonales).
- La réalisation des niveaux (uniquement niveau 0)
La réalisation des niveaux suppose l'adoption d'une posture penchée supérieure à 45°. Cette posture est déterminée par la hauteur de la 1re moise et des étriers intermédiaires, le réglage du vérin pour ajuster la hauteur, la prise de mesures au mètre.
Postures contraignantes liées à la réalisation des niveaux.
Echafaudeurs et le risque Bruit
Le bruit est apparu comme un élément récurrent sur les différents chantiers observés. Les coups de marteau sur l’acier résonnent particulièrement et peuvent se voir amplifiés par l’environnement. En zone urbaine, notamment, un chantier entouré d’immeubles peut faire caisse de résonance.
Si sur certains chantiers, les compagnons semblaient bien sensibilisés à la question du bruit et disposaient de bouchons d’oreilles moulés, sur d’autres en revanche, les bouchons d’oreilles n’étaient pas visibles…
Le bruit s’est fait ressentir de façon sporadique sur les opérations de martelage (réalisation des niveaux, clavettes des moises, diagonales, plinthes…), mais aussi sur les opérations de dépose du matériel au sol lors du transfert entre la zone d’entreposage et la zone de montage : lâcher de matériel sur sol durs (béton, macadam…), entrechocage des éléments…
Cependant, Il serait beaucoup plus marqué au dire des compagnons lors des phases de démontage où tous tapent de concert sur les clavettes pour le retrait des éléments.