© Emilienne Dubois
Mis à jour le : 09/12/2025
L’activité de taille et pose de pierre génère des risques de troubles musculosquelettiques (TMS) liés aux manutentions manuelles, postures pénibles et vibrations mécaniques. Une étude ergonomique caractérise ces risques lors du travail de la pierre et dessine des pistes d’actions pour prévenir les TMS et améliorer les conditions de travail. Ces risques sont parfois sous-estimés, c’est pourquoi il est important de bien les identifier en amont afin de limiter leurs impacts en santé-sécurité au travail.
Cette solution présente les principaux résultats d'une étude ergonomique * menée sur des chantiers, dans le cadre du dispositif Fipu (Fonds d'investissement dans la prévention de l'usure professionnelle) financé par la Cnam. L'étude a été complétée par les experts de la direction technique de l'OPPBTP pour identifier les situations de travail à risque de troubles musculosquelettiques (TMS) dans l'objectif de proposer des solutions pour améliorer les conditions de travail, réduire voire éliminer les TMS. Pour en savoir plus sur le dispositif Fipu, ses aides financières et les équipements subventionnés, consultez notre boîte à outils TMS/Fipu.
* cabinet Ergotec

La restauration de façades de monuments historiques et la taille de pierre nécessitent un savoir-faire spécifique, détenu par un nombre restreint d’entreprises et de salariés.
Même si la mécanisation de ces opérations très techniques progresse, le renouvellement d’une pierre de taille en façade reste une activité fortement manuelle et comprend des situations de travail physiquement sollicitantes dans lesquelles le risque de développer des Troubles musculosquelettiques (TMS) est présent.
Agir dès les phases de préparation d’un chantier, en tenant compte des risques associés permet d’appréhender et d’agir sur les problématiques de TMS. Il sera ainsi possible d’anticiper les phases d’activités qui vont induire des postures pénibles et de la manutention manuelle importante. Le partage de bonnes pratiques à l’ensemble de la profession et la recherche de solutions innovantes, organisationnelles et techniques, permettront de limiter les risques de TMS.
Cette étude ergonomique consacrée à l’activité des tailleurs de pierre dans la phase de pose sur chantier propose des pistes de réflexion.
* Le cabinet d’ergonomie Ergotec
L’activité observée durant cette étude consistait à restaurer la façade d’un monument historique. Le tailleur de pierre a ainsi nettoyé, et remplacé les pierres abîmées.
Pour ce faire, le tailleur de pierre va dans un premier temps enlever la pierre à remplacer (ou une partie de celle-ci), c’est l’opération de dépose et refouille. Il prépare l’emplacement pour la nouvelle pierre, Cette opération nécessite parfois une adaptation de l’échafaudage (adaptation de la hauteur de plancher et/ou préparation de point d’appui ou de levage).
Il faut ensuite réparer la pierre (si elle est conservée) ou évacuer les gravats. La nouvelle pierre est ensuite sélectionnée en fonction de ses caractéristiques et préparée pour la taille.
La taille peut se réaliser en atelier et sur chantier. Lors des observations réalisées, les pierres étaient prétaillées dans un atelier distant (parfois par des outils à commandes numériques), puis elles pouvaient être ajustées sur chantier. La préparation de la pose consiste en une éventuelle refouille complémentaire en fonction des caractéristiques de la pierre.
La pierre est ensuite posée, c’est-à-dire qu’elle est introduite dans son « logement », avant d’être jointée par le coulage d’un mortier. Enfin, la dernière étape de finition / retaille consiste à ajuster la pierre aux autres l’entourant et/ou à reproduire les formes géométriques d’origine.
Schéma d'une intervention de renouvellement d'une pierre de taille Cette fiche et les étapes qui y sont décrites sont le résultat des observations menées fin 2024 sur un chantier en Île-de-France. Elles sont représentatives des situations rencontrées habituellement par les compagnons tailleurs de pierre sans être pour autant exhaustives. Certaines opérations n’ont ainsi pas pu être observées, telles que la dépose et la repose de la même pierre par exemple.
Cette activité consiste à retirer la pierre en vue de son remplacement. Elle est réalisée au moyen d’une tronçonneuse (pneumatique ou hydraulique) et/ou d’un marteau-piqueur. Une ou plusieurs pierres peuvent être retirées suivant les cas de figure.
Les étapes identifiées sont les suivantes :
1. Identification des pierres à déposer ;
2. Vérification des cotes des pierres à retirer et traçage à la scie circulaire ;
3. Découpe de la pierre en une ou plusieurs fois suivant les cas ;
4. Retrait des gravats : l’opération peut être réalisée à la main ou à l’aide de treuils et élingues en fonction de la taille des gravats.
5. Dépose et déplacements des gravats au sol, sur un chariot ou sur un transpalette.
Les exigences et enjeux de précision sont importants dès cette phase du travail, car une bonne refouille impactera directement les conditions ultérieures de pose de la pierre. Une refouille trop importante / profonde nécessitera des quantités supplémentaires de mortier, ce qui pourra affecter la solidité de l’ouvrage et/ou son esthétisme. A contrario, une refouille insuffisante nécessitera une refouille complémentaire.
Cette phase du travail est considérée à l’unanimité par l’équipe observée comme la plus physiquement contraignante.
Ces opérations se caractérisent par des sollicitations très importantes en termes d’efforts (port de la tronçonneuse, d’un poids d’une dizaine de kg ou du marteau-piqueur), de vibrations et souvent de postures pénibles lorsque l’accès à la pierre est difficile (maintien à bout de bras de l’outil).
Les causes identifiées sont les suivantes :
La refouille se traduit également par de fréquentes manutentions manuelles et ports de charge, les morceaux de pierre étant généralement retirés par découpes successives (sauf pour les pierres qui sont conservées pour servir de modèle / référence lors de la taille ultérieure).
La tronçonneuse hydraulique pèse une dizaine de kilogrammes / Exemple d’échafaudage gênant l’accès à la pierre.
De plus, l’exposition à la poussière est considérée comme très importante par les compagnons.
Dans la continuité des opérations précédentes, les modalités d’évacuation de la pierre (ou de ses morceaux) varient suivant son emplacement, les dimensions et le poids des morceaux découpés, le besoin ou non de la préserver, la configuration de l’échafaudage et les moyens à disposition. Les pratiques possibles sont les suivantes :
L’évacuation des pierres et morceaux de pierres se caractérise logiquement par des opérations de manutention, dont le niveau de contraintes varie très fortement en fonction de la taille des pierres, des outils de découpe, des moyens de transport à disposition, des dimensions de l’échafaudage. Ces opérations entraînent également des contraintes posturales liées notamment à l’agencement de l’échafaudage telles que décrites précédemment.
Malgré les moyens de manutentions mis à dispositions, certaines opérations ont nécessité des efforts parfois importants, par exemple :
. L’évacuation de pierres devant lesquelles des montants d’échafaudage étaient positionnés (nécessité de contourner le montant) ;
. Les situations de transfert d’une pierre élinguée sur un chariot (réalisés à deux compagnons) ;
. Ou le transfert manuel de morceaux de pierres vers le moyen de manutention.
Les pierres mises en œuvre sur le chantier observé sont généralement pré-taillées, dans l’atelier aménagé au pied du chantier, dans un atelier externe de l’entreprise (où la taille peut aussi être en partie réalisée par une machine-outil à commande numérique) ou par un prestataire.
Les opérations de retournement des blocs de pierre peuvent se traduire par des contraintes physiques importantes tant en termes d’efforts que de postures contraignantes (du dos notamment).
Une fois taillée, la pierre est acheminée en plusieurs étapes jusqu’au lieu de pose :
Plateau à roulette permettant le déplacement des pierres / Pierre stockée à proximité de son lieu de pose, à disposition pour prise de cote pendant la refouille.
Les contraintes de l’échafaudage font que les pierres les plus grandes, même placées « sur leur champ », s’avèrent difficiles à approcher de certaines zones de pose, ou simplement à faire circuler sur l’échafaudage. Cela implique parfois la nécessité de retourner les pierres ou des reprises de charge des pierres les plus encombrantes (et donc les plus lourdes). Ces manipulations se traduisent par des contraintes physiques importantes tant en termes d’efforts que de postures contraignantes (du dos notamment).
Une fois la refouille effectuée et la pierre acheminée à proximité de son lieu de pose, le compagnon finalise la préparation. Lors des observations, cette phase s’est notamment caractérisée par la réalisation de gabarits en carton permettant de finaliser la refouille pour pouvoir ensuite poser la pierre en une seule opération. Cette refouille complémentaire est une étape clé pour la réussite de la pose, où il faut retirer à la fois suffisamment de matière pour venir insérer la pierre, et pas trop pour limiter la taille des joints à poser, le tout afin d’assurer un résultat optimal structurellement et esthétiquement.
Le niveau de contrainte sur cette opération est très variable. Il dépend en grande partie de l’ampleur du travail de refouille complémentaire à réaliser, des exigences de précision (qui dépendent en grande partie des dimensions et formes de la pierre à poser), de l’accessibilité des parties à travailler et de l’outillage à disposition. En fonction de ces éléments, les compagnons seront amenés à maintenir des postures plus ou moins pénalisantes, sur des temps plus ou moins importants.
Exemple de posture adoptée lors de la refouille complémentaire.
Une fois la refouille effectuée aux bonnes dimensions, la pierre peut être placée dans son « logement » : Les modalités vont dépendre du poids et du volume de la pierre et de son emplacement, de la possibilité ou non d’utiliser des moyens de manutentions.
Plusieurs étapes ont été observées :
Pose de la pierre à l’élingue / Pose de la pierre à l'aide d'une main de pose / Versement du coulis Certaines pierres (en particulier sur les corniches d’angle) se sont avérées particulièrement difficiles à déposer / poser en raison de la présence de montants d’échafaudage gênant l’accès et de leur gabarit/géométrie.
Les opérations de pose se traduisent par des sollicitations physiques importantes (efforts, port de charge, postures contraignantes au niveau du dos notamment), mais elles sont considérées comme gratifiantes par les compagnons, car elles représentent l’aboutissement du travail.
Une fois la pierre posée, un travail plus ou moins important de finition peut s’avérer nécessaire. Lors des observations réalisées sur chantier, trois des tailleurs de pierres étaient occupés à effectuer des travaux de finition.
Ces opérations consistent à tailler la pierre en détail, en se repérant à la fois sur la pierre déposée et sur les pierres adjacentes, afin d’harmoniser les détails, les moulures et les engravures. Différents outils sont utilisés tels que ciseaux et massette, marteau-piqueur pneumatique, meuleuse et rabots (chemins de fer) de différentes tailles.
Le tailleur de pierre se base à la fois sur les cotes à obtenir selon les plans et les caractéristiques des pierres adjacentes, pour que l’ensemble soit cohérent visuellement.
Le travail du tailleur de pierres s’arrête à cette étape (pierre dite « épannelée » + taille des formes « géométriques »), la pierre pouvant ensuite être travaillée par les sculpteurs, qui réalisent les formes « organiques ».
Exemple de marquage au crayon du reste à tailler / Exemple de posture / Exemple de posture.
Les postures adoptées pour réaliser les finitions s’avèrent souvent contraignantes, car le tailleur de pierre réalise, sur la plupart des pierres, des tailles dans les trois dimensions. Lors de la finition réalisée sur chantier (à la différence de la taille sur établi) l’emplacement de la zone de travail n’est pas toujours en adéquation avec l’échafaudage. Les sollicitations concernent tout ou partie du corps suivant les situations :
Bras et mains au-dessus du cœur / Dos courbé / Jambes fléchies / Cervicales (et main au-dessus du cœur).
Le niveau de ces contraintes posturales dépend aussi ici de l’accessibilité des tailles à réaliser. Les tailles par le dessous sont considérées comme parmi celles les plus contraignantes. L’accessibilité dépend aussi de la configuration de la zone : position des différents tubes d’échafaudage, dimensions de la zone de travail. Les platelages aménagés ne permettent pas toujours de placer l’ensemble de l’outillage à portée de main. Dans les situations observées, les compagnons choisissent d’adapter ou non les positions de planchers en fonction du gain apporté en termes de visibilité et de posture, et des impacts en termes de temps de mise en œuvre.
Contraintes posturales liées à la configuration de l’échafaudage / Exposition aux vibrations liées aux outils pneumatiques.
A noter que l'on constate une exposition importante aux vibrations lors de l’utilisation du matériel pneumatique, mais aussi aux chocs lorsque la taille est réalisée à la main, en particulier au niveau de l’épaule du bras qui tient l’outil.
Lors des observations réalisées, de bonnes pratiques ont pu être observées et méritent d’être partagées. Le groupe de travail qui a suivi ces observations a également pu mettre en lumière certaines pistes de solutions qui pourraient être explorées.
Des opérations anticipées dès la définition du chantier
… grâce à une coopération maître d'oeuvre (MOE)/maître d'ouvrage (MOA) le plus en amont possible, et au cours du projet
Une coopération optimale avec le client et entre les entreprises en co-activité
Une organisation à la fois robuste et flexible
Le travail est organisé de manière que chaque tailleur de pierre réalise l’ensemble des opérations pour une pierre, de la refouille à la pose, ce qui réduit les risques d’erreur et favorise la satisfaction et le sentiment de travail accompli ainsi que la cohérence d’ensemble des opérations
Un échafaudage adapté au travail à réaliser
Les caractéristiques des échafaudages constituent un facteur déterminant pour réduire les contraintes posturales : en effet, un échafaudage permettant des réglages rapides et multiples des différentes moises, plateaux ou platelages favorise l’adaptation des espaces de travail en fonction des hauteurs de travail nécessaires. Le modèle d’échafaudage (multidirectionnel) utilisé sur le chantier observé constitue unanimement selon les compagnons un atout indéniable de ce point de vue : verticalement, possibilité de déplacement des plateaux tous les 50 cm, rajouts et retraits possibles suivant différents angles. L’adaptation[1] des échafaudages peut aussi parfois permettre de travailler dans de meilleures conditions ergonomiques par notamment le déplacement de moises, de planchons de travail…
Les caractéristiques d’un échafaudage optimal :
Plancher coulissant proposé par Hussor Erecta.
Concevoir l’échafaudage en fonction du plan de calepinage et du travail à réaliser (exemple : Utiliser un drone pour le repérage et le calepinage plutôt qu’un échafaudage), permettrait de concevoir un échafaudage immédiatement plus adapté au travail à venir, sans montant ou plancher au niveau des pierres à changer).
Des outils adaptés et accessibles
Utilisation d'un transpalette électrique sur échafaudage
Bras Zéro Gravité
Équilibreur de charge ou « filin » Des Installations de chantier adaptées
[1] On parle bien ici d’adaptation sous la responsabilité du chef d’entreprise ou de son délégataire, selon la notice de l’échafaudage, par des monteurs formés, après vérification par un tiers compétent.
[2] Les compagnons interrogés ont néanmoins exprimé que le système de filin ne pouvait être mis en œuvre de manière efficace que dans certaines conditions. Il nécessite en effet de pouvoir être fixé à l’aplomb de la zone où la tronçonneuse est utilisée (sur un garde-corps, une barre d’échafaudage ou une poutre), et ne doit pas gêner l’opération de découpe / refouille.
Certaines photos peuvent montrer des écarts aux règles habituelles de sécurité : elles reflètent la réalité des chantiers observés. Leur but n’est pas de montrer un exemple parfait, mais de représenter des situations réelles sur le terrain.
Le Fipu, fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle, vous aide financièrement à agir sur trois facteurs de risques de TMS (troubles musculo-squelettiques) :
150 millions d'euros d'aides financières directes sont mis à disposition des entreprises en 2024. 70% de ces subventions sont destinées aux entreprises de moins de 49 salariés.
L'OPPBTP vous accompagne :
Atteintes musculaires et articulaires