Comment faire du PPSPS un outil pratique pour le chantier ?
Jugé contraignant par les entreprises, un PPSPS bien adapté aux spécificités du chantier se révèle pourtant structurant et utile en phase travaux.
Publié le : 28/04/2026
Loïc Féron
Jugé contraignant par les entreprises, un PPSPS bien adapté aux spécificités du chantier se révèle pourtant structurant et utile en phase travaux.
Publié le : 28/04/2026
Loïc Féron

En résumé :
Un document rédigé pour chaque chantier.
Des informations essentielles transmises aux compagnons.
Dossier paru dans le magazine PréventionBTP n° 304, mars 2026.
« Le PPSPS est la colonne vertébrale du chantier en matière de prévention. » C’est ainsi qu’Hervé Gumez, responsable du service prévention de Paris-Ouest Construction, qualifie le plan particulier de sécurité et de protection de la santé. À la fois stable et flexible, il donne à la construction sa direction (via les modes opératoires) tout en permettant d’en adapter les moyens (matériels et humains) au bénéfice de la santé et de la sécurité des intervenants. Pourtant, le PPSPS, apparu il y a une trentaine d’années avec la mission de coordination de sécurité et de protection de la santé (CSPS), peine à retenir l’attention positive des entreprises. À l’image du document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), il est souvent perçu comme une contrainte administrative fastidieuse ou une réponse de sécurité juridique sans réelle valeur ajoutée pour la prévention.
Au-delà de l’aspect réglementaire, un PPSPS bien réfléchi et spécifique au chantier révèle pourtant tout son potentiel. Des très grandes aux très petites, les entreprises de toute taille peuvent tirer parti de ce document revalorisé l’an dernier par la jurisprudence. « L’arrêt rendu le 14 janvier 2025 par la Cour de cassation précise le périmètre d’obligation du PPSPS à tout type d’intervenant dont les travaux concourent à la réalisation de l’opération de construction, rappelle Clémence Repellin, responsable du pôle juridique à l’OPPBTP. « Des entreprises qui n’étaient pas concernées par les inspections communes et le PPSPS vont l’être désormais. »
Établi lorsque plusieurs entreprises travaillent ensemble, le PPSPS renseigne en premier lieu sur les dispositions générales applicables au chantier (organisation générale, accès, hygiène, secours, évacuation…). La référence aux modes opératoires envisagés par l’entreprise et à leur séquençage permet d’identifier les risques propres encourus par ses collaborateurs et ceux induits par la coactivité. L’inspection commune du chantier, en présence du coordonnateur SPS, est un préalable à la rédaction du PPSPS. « L’entreprise doit arriver à l’inspection commune avec un résumé condensé des travaux qu’elle va réaliser, des moyens à mettre en œuvre et des risques exportés en lien avec ces interventions, explique Frédéric Fize, responsable de domaine CSPS à l’OPPBTP. Cette étape vaut aussi pour le CSPS, incité à réfléchir le plus en amont possible à la gestion de la coactivité et à prendre les mesures circonstanciées dans le PGC (plan général de coordination, NDLR). » Responsable du pôle Métiers à l’OPPBTP, Manuel Martin insiste sur « l’importance de l’analyse des risques » avant l’inspection commune, pendant la visite pour identifier les risques de coactivité et après pour intégrer les risques exportés et/ou importés à la rédaction effective du PPSPS. Si cette rédaction revient au « responsable opérationnel des travaux », elle devrait également impliquer le référent sécurité (au sens du Code du travail), dont les TPE n’ont pas toujours connaissance. « Pourtant, le PPSPS les concerne aussi, rappelle Frédéric Fize, ne serait-ce que pour communiquer aux compagnons les informations de base sur la sécurité, comme en cas d’accident, que chaque salarié sache où il se trouve, à quelle adresse faire intervenir les secours. »
Faire du PPSPS, une fois rédigé, un outil que chaque intervenant du chantier s’approprie passe nécessairement par une vulgarisation. « Le relais entre le PPSPS et l’opérationnel peut être assuré par le chef de chantier ou le chef d’équipe, poursuit Manuel Martin. De telle façon qu’en cas de doute, par exemple sur une procédure de réalisation, le réflexe soit de consulter le document et de s’y référer. » Pour être un vecteur utile d’information et de communication, le PPSPS doit aussi être spécifique à l’opération à laquelle il s’applique. Plus le chantier présente de spécificités, plus le PPSPS revêt d’importance et aura de valeur au moment de l’exécution. Ainsi, comme le souligne Hervé Gumez, « en réhabilitation lourde, nous créons deux à trois fois plus d’indices ou de versions que sur un chantier neuf ». « C’est le p de “particulier” qui compte, confirme Manuel Martin. Le PPSPS n’a de valeur ajoutée que s’il est propre à la situation du chantier et qu’il en formalise la réalité. » Le PPSPS qui atteint son objectif est celui correctement rédigé et appliqué sur le chantier, mais qui, évolutif, colle à son actualité. « Une entreprise doit pouvoir faire vivre son PPSPS, le mettre à jour en fonction de l’évolution des travaux », explique Frédéric Fize. Si un matériel est manquant ou mal dimensionné, il faut pouvoir le remplacer. « Si une corde de guidage doit être ajoutée en bout de charge pour sécuriser des levages répétés, la procédure doit pouvoir faire l’objet d’un additif au PPSPS. Adapter le prescrit et le réalisé suppose qu’un encadrant ait la capacité et l’autorité suffisante pour modifier le document sans avoir à consulter sa direction. »
Comment faire du PPSPS un outil pratique pour le chantier ?
Les quatre temps de la rédaction du PPSPS : le séquençage des modes opératoires, l’identification des risques, l’évaluation (ou graduation) des risques et la mise en forme du document.
Voir aussi