Un chantier pharaonique d’extension sur la mer à Monaco, les travaux de protection du fameux Fort Boyard en Charente-Maritime… Des ouvriers de l’extrême se cachent derrière ces chantiers particuliers. Ils travaillent en milieu hyperbare, défini comme tout environnement où la pression est supérieure à la pression atmosphérique ; le seuil réglementaire pour le travail étant fixé dès un mètre de profondeur (100 hectopascals).
En France, le périmètre de la mention A regroupe spécifiquement les travaux publics (TP) et de génie civil immergés, ainsi que les travaux maritimes et fluviaux, sur des opérations de construction et de maintenance lourdes : inspection et réparation de piles de pont, pose de canalisations, pose de blocs de béton immergés et de palplanches, transport de charges sous l’eau, soudure, oxycoupage… Ainsi, le scaphandrier exerçant sur le périmètre de la mention A est avant tout un ouvrier du bâtiment (soudeur, coffreur, maçon, manutentionnaire…) qui travaille en milieu subaquatique. L’exercice du métier de plongeur scaphandrier est strictement réglementé.
L’activité est géographiquement plutôt ancrée sur les littoraux (façades atlantique, méditerranéenne, Manche-mer du Nord) en lien avec les travaux portuaires, l’entretien des navires et des infrastructures des câbles sous-marins ou les activités offshore, notamment l’éolien en mer. Elle s’étend toutefois largement à l’intérieur des terres et le long des grands axes fluviaux (Seine, Rhône, Rhin) pour tous les travaux immergés du TP, mais aussi pour la maintenance des barrages hydroélectriques, des écluses et l’entretien des centrales nucléaires. Plus surprenant, on retrouve des scaphandriers dans les réseaux urbains : stations d’épuration, châteaux d’eau, réseaux de chaleur urbains ou encore cuves à sprinklers (sécurité incendie) des zones commerciales ou des sites industriels.
Un secteur dominé par les TPE
Le secteur des travaux sous-marins reflète la structure du BTP français : 90 à 95 % des entreprises sont des très petites entreprises (TPE). « Si des grands groupes comme Vinci, via sa filiale Océlian, ou Eiffage, avec ETMF [Eiffage travaux maritimes et fluviaux, NDLR], disposent de pôles spécialisés, l’essentiel du maillage repose sur de petites structures, souvent spécialisées dans les travaux extrêmes, combinant parfois les compétences de plongeur et de cordiste », explique Cédric Parodi, ancien plongeur professionnel, aujourd’hui référent travaux hyperbares pour l’OPPBTP. En France, on dénombre environ 200 entreprises spécialisées et 1 400 scaphandriers en activité.
Depuis quelques années, le métier évolue sous l’impulsion de nouveaux marchés dans l’offshore, notamment l’éolien en mer. « Le développement de ces activités fait croître les besoins en scaphandriers, confirme Cédric Parodi. Ces travaux offshore sont souvent réalisés sous maîtrise d’œuvre de grands groupes, sur des standards internationaux plus exigeants, comme ceux de l’IMCA, l’Association internationale des entrepreneurs maritimes, qui imposent de plus en plus des équipes de cinq opérateurs. Il y a donc une demande de moyens supplémentaires, ce qui permet de tirer les entreprises françaises vers le haut. » Cette demande peut néanmoins créer une tension pour les petites structures françaises, dans l’obligation de concilier exigences réglementaires et viabilité économique.
Une double typologie de risques
Travailler sous l’eau, c’est additionner les risques « classiques » du chantier (écrasement, heurts, brûlures, coupures) aux dangers propres au milieu aquatique et à la pression. Parmi ces risques spécifiques, les plus redoutables sont :
– le delta P (différentiel de pression), cause majeure de décès, qui agit comme un aspirateur géant, capable de plaquer ou de broyer un plongeur contre une vanne ou une conduite ;
– les barotraumatismes, des lésions mécaniques dues aux variations de volume de gaz dans les cavités du corps (oreilles, sinus, poumons) ;
– la décompression non maîtrisée ou non adaptée, résultant d’une remontée trop rapide, qui provoque la formation de bulles de gaz dans le sang ;
– le risque biochimique lié à l’utilisation de mélanges gazeux enrichis en oxygène (nitrox) ou à l’oxygène pur lors de la décompression.
La sinistralité demeure préoccupante, avec cinq accidents mortels et quatre graves recensés en France entre 2018 et 2024.
Une plus grande équipe pour plus de sécurité ?
Le Syndicat national des entrepreneurs de travaux immergés (Sneti) joue un rôle pivot dans la structuration de la profession.
Au-delà du cadre réglementaire, un débat anime les plongeurs scaphandriers : la composition minimale de l’équipe de plongée. Actuellement, la réglementation française impose une équipe d’au moins trois personnes. Or, pour accroître la sécurité, la profession demande le passage à quatre opérateurs (voir l’illustration ci-dessus). « La France n’a pas évolué dans la composition des équipes depuis 1992 et le passage de deux à trois. Nous sommes aujourd’hui le seul pays à maintenir cela alors que l’Espagne, l’Italie, la Belgique et les pays anglo-saxons travaillent à quatre, voire cinq, explique Arnaud Laval, président du Sneti, qui compte vingt-cinq entreprises adhérentes. La France était le leader mondial de l’hyperbarie dans les années 1980-1990 et fait aujourd’hui office de vilain petit canard. Nous nous battons depuis des décennies pour faire évoluer le niveau de sécurité vers le haut, il est temps que cela aboutisse », conclut Arnaud Laval.