En résumé

    La santé des salariés au cœur de la stratégie managériale.

    La chargée de prévention formalise les actions.

    Photo : 259_Entreprise Bativaloire ouverture

    Crédit photo : Jean-Baptiste Vetter

    Écoute et bienveillance. Dans de nombreuses entreprises, la prévention des risques professionnels commence par la gestion attentionnée des ressources humaines. Bativaloire, installée à proximité de Tours, est le prototype de la PME familiale soucieuse de la santé de ses salariés. « Sans faire de paternalisme, j'entretiens une grande proximité avec les compagnons, explique Pascal Roy, accompagné de ses enfants, Charlotte et Alexis, ses plus proches collaborateurs. Dans ma façon de fonctionner, l'humain est au centre de tout. »

    Tirer l'entreprise vers le haut

    Voilà qui est dit. Pascal Roy a repris les commandes de l'entreprise en 1998, au départ de son père à la retraite. De la charpente et couverture, Bativaloire a étendu ses activités à la maçonnerie. « Le gros œuvre a pris plus d'ampleur, mais notre entreprise reste une des seules du département à proposer les trois corps de métier. » Pour répondre à ce développement, elle complète son effectif avec des intérimaires qu'elle fidélise. De la même façon, elle cultive une relation de confiance avec ses clients, essentiellement des promoteurs de logements collectifs.

    La réunion hebdomadaire avec les conducteurs de travaux comprend toujours une rubrique santé et sécurité incluant la lecture des comptes rendus des CSPS. Tout dysfonctionnement sur le chantier est pointé et sa résolution est vérifiée, comme le rétablissement d'une protection collective. « La prévention des risques m'a toujours tenu à cœur, souligne le dirigeant. C'était vu comme une contrainte par la génération précédente, alors que pour moi c'est une valeur ajoutée qui tire l'entreprise vers le haut. La prévention va de pair avec la performance. »

    Un registre des synthèses de chantier

    Afin de concrétiser ces convictions et de formaliser la démarche, un contrat d'accompagnement a été signé en janvier 2021 avec l'OPPBTP. En plus de ses attributions habituelles dans l'entreprise, Charlotte a été formée au poste de chargée de prévention. Document unique et quarts d'heures de sécurité figurent sur sa feuille de route. De même que la présence sur le terrain et la remontée d'information. « Avec Laureline Brault (conseillère en prévention OPPBTP-NDLR), nous avons mis en place un registre des synthèses des chantiers. Nous y relevons les points positifs pour valoriser ceux qui en sont à l'origine et en faire profiter d'autres compagnons. »

    Des investissements en matériels

    Pour approvisionner ses chantiers, l'entreprise Bativaloire fonctionne avec un préparateur sur site (au dépôt) et un chauffeur livreur qui dispose, au choix, de deux véhicules, un semi-remorque et un autre équipé d'une grue auxiliaire. Après l'achat, il y a trois ans, d'échafaudages de pied destinés à l'activité charpente et couverture (l'équivalent de deux semi-remorques), un nouvel investissement a été réalisé en 2020 dans des éléments de protection de maçonnerie grimpante et des protections de façades d'ascenseurs. Investissements mis à part, la coexistence de plusieurs activités ne complique-t-elle pas la préparation et le suivi des chantiers ? « Chaque activité dispose d'une organisation différente, explique Pascal Roy. Chez les couvreurs, les équipes sont composées de deux à trois personnes, ce qui facilite les échanges. Dans le gros œuvre, les messages passent plutôt par le chef de chantier. »

    Bénéficier de retours d'expérience

    Comme ce fut le cas avec l'OPPBTP, l'entreprise n'hésite pas à chercher du soutien auprès d'organismes extérieurs. Elle participe ainsi à la démarche TMS Pros, expérimentée en région Centre-Val de Loire par la Carsat. « Des groupes de travail entre entreprises sont organisés sur la prévention des TMS appliquée à des métiers précis, par exemple les finisseurs, les bancheurs ou les coffreurs », précise le dirigeant. Au terme des deux ans d'échanges, chaque groupe devra présenter ses résultats et faire ainsi bénéficier les autres des améliorations identifiées. « L'observation des métiers montre des méthodes différentes, entre entreprises de même taille ou avec des majors du bâtiment. C'est très intéressant de pouvoir bénéficier des retours d'expérience, par exemple sur le coffrage des planchers, la synthèse des matériels utilisés, l'analyse des gestes effectués et les gains de temps obtenus. »

    Article paru dans le magazine Prévention BTP n°259 de février 2022, pages 24-27.

    259_Entreprise Bativaloire_1Prédalles

    Les prédalles sont équipées de système dispositif d'appui à la coordination (DAC) avec protection collective intégrée sous forme d'attente de potelets de garde-corps (en jaune).

    259_Entreprise Bativaloire_2 Cheminements

    Les cheminements sont matérialisés par un marquage de couleur au sol. Les déplacements sont sécurisés et le grutier peut différencier des zones de stockage.

    259_Entreprise Bativaloire_3 Cabane de chantierJean-Baptiste Vetter

    Construite par le chef de chantier, cette cabane qui abrite les plans et le petit matériel peut se déplacer à la grue.

    259_Entreprise Bativaloire_4 Poteaux

    Les poteaux sont réalisés à l'aide de coffrages légers, faciles à poser, qui améliorent la productivité.

    259_Entreprise Bativaloire_5 Protections plaquées

    Fixées par des supports métalliques traversants, les protections plaquées permettent de faire monter un garde-corps sur la face extérieure du mur au fur et à mesure de son élévation.

    259_Entreprise Bativaloire_6 Garde-corps provisoire

    Un garde-corps provisoire constitué de deux grilles solidaires et manuportables est positionné et ajusté à l'aide d'une manivelle de serrage intégrée.

    Bilan de performance

    Pour la réalisation des poteaux, Bativaloire utilise depuis peu les coffrages modulaires Geopanel. Positionnés à la grue, les panneaux en plastique légers sont ensuite assemblés manuellement par serrage. « Ce matériel préserve les organismes sur ces tâches répétitives, explique Michaël Delalande, conducteur de travaux. Il faut toujours une transition pour qu'il soit accepté sans contrainte mais la productivité suit. De trois poteaux coffrés par jour, nous sommes passés à six. »

    Focus sur une action

    Observer les postes de travail pour mieux agir

    Dans l'intérêt de ses salariés, le dirigeant de Bativaloire est attentif aux situations de travail et prend le temps d'analyser, avant d'agir.

    Coutumier des visites de chantier, Pascal Roy entend systématiser et formaliser ce qu'il considère comme un moment clé de la prévention. À commencer par la phase d'observation.

    Comment abordez-vous les visites de chantier ?

    Mon premier tour de chantier est toujours axé sur la sécurité. Quand on visite ponctuellement un chantier, on a un œil neuf qui permet d'observer des situations, et parfois des écarts, que ceux qui y travaillent au quotidien finissent par ne plus voir. Par exemple, une protection retirée au moment de la pose d'un escalier et non rétablie ensuite. Il y a toujours une excuse mais l'important est d'intervenir, ce qui ne signifie pas être systématiquement dans la répression, sinon le message devient inaudible.

    Comment responsabiliser les compagnons ?

    Je ne suis pas convaincu par la solution qui consiste à prendre un prestataire pour veiller à la bonne tenue du chantier, notamment pour remettre en place les garde-corps. J'estime que la prévention est l'affaire de tous. Il faut aussi savoir pointer ce qui est fait de bien et le rapporter, y compris par écrit. C'est encourageant. À force de faire constamment des reproches, le risque est de développer chez les compagnons le sentiment que « quoi que je fasse, ce n'est jamais bien ».

    Selon vous, l'observation doit toujours précéder l'action…

    On apprend beaucoup en regardant. En revanche, il faut parfois éviter de décider dans l'instantané et surtout d'essayer de plaquer une solution toute faite sur une situation rencontrée sur un chantier. Observer un problème et investir aussitôt pour mettre un matériel en face n'est pas forcément efficace. C'est l'exemple des exosquelettes qui aident à la manutention mais peuvent générer d'autres risques. Observation et réflexion doivent toujours précéder l'action.

    J'estime que la prévention est l'affaire de tous.

    Pascal Roy, directeur de Bativaloire

    Depuis qu’il en a pris la direction, Pascal Roy s’emploie à faire progresser l’entreprise familiale tout en veillant à la santé des salariés. Aussi attentif aux conditions de travail qu’aux évolutions de la profession, il préside la section Maçonnerie de la FFB d’Indre-et-Loire. « Cette partie opérationnelle sur le gros œuvre convient tout à fait à mon profil d’entrepreneur. »

    Photo : 259_Entreprise Bativaloire Pascal Roy

    La méthodologie appliquée

    La nomination et la formation d'une chargée de prévention, Charlotte, la fille du dirigeant, est l'occasion de formaliser les actions de prévention. À commencer par les visites de chantier. « Lorsque Charlotte intervient en prévention, je souhaite qu'elle soit accompagnée du conducteur de travaux et du chef de chantier, précise Pascal Roy. Son rôle est de venir en appui de l'encadrement. »

    Rédigé initialement en 2001 par un intervenant extérieur, le document unique est en cours de retranscription afin d'être basculé sur monDOCunique Plus, le service en ligne de l'OPPBTP.

    La chargée de prévention prévoit la mise en place de quarts d'heure de sécurité pour « faire remonter les bonnes pratiques et faire passer les bons messages ». Parmi les thématiques envisagées, un chantier propre et bien rangé pour éviter les chutes de plain-pied, mais aussi la cabane du chef de chantier.

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